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Fête de Saint Benoît à l’abbaye de Fleury (St-Benoît-sur-Loire)

jeudi 12 juillet 2018, par AG

Homélie de Mgr Crepy le 11 juillet dernier à l’abbaye de Fleury (St-Benoît-sur-Loire) lors de la Saint Benoit

Fête de Saint Benoît Abbaye de Fleury (Saint-Benoît-sur-Loire) 11 juillet 2018

Homélie

Fêter saint Benoît, c’est célébrer le Christ. La fécondité et la richesse de la vie de ce grand saint sont l’expression même de la grâce reçue de Dieu et de l’action de l’Esprit Saint dans toute son existence. Comme le rappelle le pape François, dans sa dernière exhortation apostolique sur la sainteté, nous sommes invités à être dans la joie et l’allégresse devant ce don permanent de Dieu : son appel à la sainteté, du plus simple ou plus grand dans l’Église, est pour tous, et chacun de nous est appelé à accueillir la présence du Christ dans sa vie et à faire l’expérience de la joie de l’Évangile. En compagnie de bien d’autres saints et saintes, saint Benoît, à sa manière, nous offre des repères, des conseils, une « règle » afin qu’à notre tour, nous puissions marcher de manière plus sûre et plus heureuse sur le chemin de la sainteté. Si les grands saints nous rappellent de manière forte et visible l’appel à la sainteté, ils nous disent, avec humilité et simplicité, que c’est le Christ qui fait route avec chaque personne et trace avec et pour nous ce chemin de notre sainteté personnelle. « Il ne faut pas se décourager quand on contemple des modèles de sainteté qui semblent inaccessibles […] Ce qui importe, c’est que chaque croyant discerne son propre chemin et mette en lumière le meilleur de lui-même, ce que le Seigneur a déposé de vraiment personnel en lui et qu’il n’épuise pas en cherchant à imiter quelque chose qui n’a pas été pensé pour lui. [1] »

Frères et sœurs de la grande famille bénédictine, vous avez choisi de suivre le Christ, à la manière de saint Benoît. C’est son expérience personnelle et communautaire du Christ qui vous guide aujourd’hui sur votre chemin de sainteté, qui lui aussi est personnel et communautaire. Vous avez répondu à l’appel de Dieu et vous témoignez de l’Évangile par votre vie monastique selon la règle de saint Benoît. Vous avez choisi de vivre au quotidien les conseils évangéliques et, comme le dit le pape Benoît XVI, de rendre ainsi visibles, les traits caractéristiques de Jésus – chaste, pauvre et obéissant – au milieu du monde [2]. Pour cela, « la vie consacrée est un don précieux et nécessaire pour le présent et pour l’avenir du Peuple de Dieu, parce qu’elle appartient de manière intime à sa vie, à sa sainteté et à sa mission. [3] » Vous avez donc une place éminente dans la vie de l’Église et, dans cette célébration, nous rendons grâce au Seigneur pour votre fidélité à Benoît, votre fondateur et votre maître qui, par son exemple, vous entraîne à écouter la voix du Christ et à témoigner de sa présence auprès de tous.

Les textes de la liturgie de cette grande fête nous invitent à trois attitudes très concrètes qui tracent, en quelque sorte, les grandes voies de la sainteté. La première, c’est écouter. Le Livre des Proverbes nous dit : « Mon fils accueille mes paroles, conserve précieusement mes préceptes, l’oreille attentive à la sagesse, le cœur incliné vers la raison. » (Pr. 2, 1-2) Comment ne pas laisser résonner cette Parole de Dieu avec les premiers mots du Prologue de la Règle de saint Benoît : « Écoute, ô mon fils, ces préceptes de ton maître et tends l’oreille de ton cœur. » L’Écriture nous rappelle ainsi qu’écouter est l’attitude spirituelle fondamentale car c’est Dieu qui, toujours le premier, prend l’initiative ; c’est le Christ qui, le premier, vient à la rencontre du pécheur ; c’est l’Esprit Saint qui, le premier, dans nos cœurs, nous aide à discerner la volonté et l’amour de Dieu. « Écoute Israël », rappellent sans cesse les prophètes. Oui, écouter, c’est accueillir l’Autre... l’autre… Laisser en moi l’espace nécessaire à l’autre me permet d’advenir aussi à moi-même. L’écoute de la Parole de Dieu – le Christ lui-même – est la porte qui ouvre à la sainteté. Toute la vie liturgique au cœur de la vie monastique n’est-elle pas le lieu privilégié de l’écoute du Seigneur ?...

Dans sa lettre aux Colossiens, saint Paul nous donne des conseils très précis pour vivre notre sanctification : « Puisque vous avez été choisis par Dieu, que vous êtes sanctifiés, aimés par lui, revêtez-vous de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience. Supportez-vous les uns les autres, et pardonnez-vous mutuellement. » (Col. 3, 12-13) Et Paul, de résumer : « Par-dessus tout cela, ayez l’amour, qui est le lien le plus parfait. » (Col. 3, 14) Sainteté et charité sont inséparables. Grandir en sainteté, c’est apprendre à aimer comme le Christ aime – « Aimez-vous comme je vous ai aimés » (Jn 15,13) – La deuxième porte qui conduit à la sainteté, c’est donc chercher à aimer, à aimer un peu plus, un peu mieux, à la manière du Christ. La vie communautaire, que choisissent les moines et les moniales, est un des lieux forts de sanctification par la mise en œuvre quotidienne de la charité fraternelle : ils apprennent ce que signifie aimer jour après jours ses frères ou ses sœurs et à reconnaître en eux ou en elles le visage du Christ.

Écouter, aimer et finalement servir, comme le Christ y invite ses disciples dans l’évangile de ce jour. « Moi, je suis venu au milieu de vous comme celui qui sert. » (Lc 22, 27) Servir, c’est le dernier geste du Christ en quittant ses amis avant d’entrer dans sa passion. Servir nous permet de vérifier si nous savons vraiment écouter et aimer l’autre, non pas pour nous-mêmes mais pour lui, tel qu’il est et tel qu’il se présente à moi. Servir nous rappelle qu’humilité et sainteté ne peuvent être dissociées. La pratique des conseils évangéliques ne peut se déployer sans l’humilité et le sens du service : humilité et service nous gardent du désir de toute-puissance qui habite si souvent le cœur de l’homme et nous permettent d’accueillir la réalité telle qu’elle est et non telle que nous la rêvons ou la voulons. Servir nous apprend sans cesse à laisser la première place à Dieu et au prochain.

En ce jour de fête, à la suite de saint Benoît, accueillons don avec joie la Parole de Dieu qui nous est donnée. Elle nous presse à avancer sur le chemin de la sainteté en devenant toujours plus des hommes et des femmes prêts à écouter, à aimer et à servir, comme le Christ.

Prions Marie – Notre-Dame du Puy ou Notre-Dame de Fleury –, qui par toute sa vie, a su écouter, aimer et servir à la suite de son Fils, et demandons lui de nous guider et de nous accompagner pour que nous marchions, jour après jour, en présence du Seigneur.

+ Luc Crepy,
évêque du Puy-en-Velay



Notes

[1] Pape François, La joie et l’allégresse, 2018, §11

[2] Cf. Benoît XVI, Vita consecrata §1

[3] Idem, § 3


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