Accueil du site > Diocèse > In memoriam > Père Pierre Gire

Père Pierre Gire

Homélie des funérailles par le Père Thierry Magnin

jeudi 5 avril 2018, par AG

Merci à la famille de Pierre d’avoir choisi ces textes magnifiques de la Parole de Dieu qui correspondent si bien à notre cher Pierre, l’hymne à la charité « s’il me manque l’Amour-La Charité, je ne suis rien » dit St Paul, et la prière de Jésus qui demande au Père de « consacrer ses disciples dans la vérité » et de les garder pour qu’ils aient en eux sa joie dans la plénitude. La Charité et la Vérité, indissociables dans la vie de Jésus, puis dans celle du converti St Paul, indissociables je le crois chez Pierre : beaucoup d’entre nous ont pu observer chez lui cette alliance entre la compétence du prof de philo en quête du Christ et la bonté de l’homme, sa confiance, son enthousiasme, sa force discrète et bienveillante.

Mais avant d’aller plus loin dans ces beaux textes, je voudrais souligner combien Pierre rassemble ce soir ses trois familles. Sa famille avec ses frères et sœurs et leurs descendants : merci à vous de nous accueillir ici dans cette belle terre de Haute-Loire qui vous est chère et qui l’était pour Pierre (l’humble fierté avec laquelle il disait "je suis de Haute Loire, fils de paysans") ; nous vous disons notre proximité, notre prière commune et notre présence pleine d’affection. Il y a aussi sa famille du presbyterium du diocèse du Puy qui lui était aussi très chère. Merci également de nous ouvrir votre porte. Pierre a raconté un jour à l’un d’entre nous- avec un brin de fierté là aussi - que alors qu’il était en licence, quand il avait dit aux profs de philo de Lyon 3 qu’il allait s’engager vers la prêtrise, on lui a répondu, alors qu’on lui voyait une possible belle carrière universitaire, "c’est un enterrement de première classe !" Au contraire, quelle fécondité, justement celle de l’alliance entre la charité et la vérité, entre foi et raison !

Il y a enfin la famille de la Catho de Lyon, que le recteur représente en quelque sorte mais dont pas mal de membres ont tenu à venir prier ici, avec et autour de notre Pierre. C’est une vraie famille dans laquelle Pierre est un élément clé, plein de sagesse, un professeur reconnu et disponible à ses étudiants, spécialiste d’éthique, d’éducation, de Philosophie de la religion et de Maître Eckart en particulier. Et de l’intérieur de ses grandes compétences qui lui ont aussi permis d’être Doyen de la faculté de philosophie, vice-recteur et directeur de la recherche à la Catho de Lyon, nous avons côtoyé un homme humble, présent, attentif, ouvert à des personnes de tout horizon ; il n’avait pas toutes les qualités, rassurez-vous : c’était un professeur qui comme tout bon prof râlait assez facilement contre tout système un peu contraignant (on est tous comme ça, nous les profs, râleurs mais avec amour en ce qui concerne Pierre !)

La quête de vérité est à la base du chercheur en philosophie. Mais comme le disent les textes de la Parole de Dieu, c’est la pratique de la charité qui donne à la quête de vérité toute son ampleur, son intelligence fine qui fait voir loin, qui ouvre de nouveaux espaces pour comprendre et pour aimer, qui permet d’aller au-delà des clichés, au-delà des certitudes toutes faites, qui pénètre dans l’intériorité et la profondeur des êtres, des gestes et des choses.

Le pape Benoît XVI dans une homélie du 8 décembre 2009 sur ce passage de l’Ecriture si provocant où Jésus s’adresse à son Père « Heureux es-tu d’avoir caché cela aux sages et aux savants et de l’avoir révélé aux tout-petits » disait des paroles très fortes en ce sens : Comment bien faire de la théologie se demandait le savant Benoît XVI ? Nous avons entendu le Seigneur louer le Père d’avoir caché le grand mystère du Fils, le mystère trinitaire, le mystère christologique, aux sages, aux savants - ils ne l’ont pas connu - mais de l’avoir révélé aux tout-petits… Il y a une manière d’être savant tout-puissant qui peut fermer l’esprit humain à la quête de la vérité. Et puis il y a l’autre façon d’utiliser la raison, d’être savant : celle de l’homme qui reconnaît qui il est ; il reconnaît sa propre taille et la grandeur de Dieu, en s’ouvrant humblement à la nouveauté de l’action de Dieu. Ainsi, justement parce qu’il accepte sa petitesse, qu’il se fait aussi petit qu’il l’est réellement, il arrive à la vérité. De cette façon, la raison aussi peut exprimer toutes ses possibilités, elle ne s’éteint pas, mais elle s’élargit et devient plus grande. Magnifique attitude que Pierre nous a souvent révélée à sa façon, comme disciple d’un certain Jésus qui l’a incarnée jusqu’au bout de l’Amour-Charité-Vérité !

Pierre a travaillé cette attitude d’ouverture à Dieu à travers l’oeuvre de Maître Eckhart, théologien, philosophe, mystique chrétien rhénan du 13eme-14eme siècle, un dominicain qui a scruté le mystère de Dieu, la Vie de Dieu et en Dieu et le mystère de l’Homme qui par le Christ passe en Dieu. Il a travaillé sur cette Vie Absolue qui est en Dieu. On peut traduire ainsi : on n’aura jamais fini de découvrir Dieu qui toujours est plus profond que tout ce qu’on peut en dire, même quand on est un grand théologien et philosophe ! Et en même temps le Christ à travers ses paroles, ses gestes et ses actes qui manifestent la Charité-l’Amour tout donné, introduit quiconque s’ouvre à lui à cette profondeur, qu’il soit ou non théologien ou philosophe. Le Christ peut naître au fond du cœur qui s’ouvre à lui, même le plus démuni, et nous entraîner à découvrir la profondeur de notre humanité appelée à découvrir la profondeur de Dieu.

Pierre est un témoin ardent de la fraternité en Christ. Il l’a vécue à sa façon auprès de nous, dans les méandres du quotidien, dans les méandres de la maladie dans la dernière partie de sa vie. Peut-être est-ce justement dans cette partie plus difficile de son existence, révolté parfois par sa maladie, qu’il a profondément accueilli l’Amour plus fort que toute mort. Le jeudi saint en vivant le sacrement des malades et l’eucharistie avec Mgr Gobillard dans sa chambre d’hôpital, le vendredi saint dans l’humble prière que deux d’entre nous ont partagée avec lui…avant de s’en remettre totalement à Dieu au matin de Pâques. Ce « passage de Pâques » si je puis dire nous fait signe et nous invite à l’espérance que sème une vie donnée pour que d’autres aient la Vie, et qu’ils l’aient en abondance…

Laussonne, 4 avril 2018




© 2018 - Diocèse du Puy-en-Velay| Plan du site | Espace privé | Mentions légales |  RSS 2.0 Suivre la vie du site